
"Amazones"
de Catherine G.

Elle marche dans
la nuit comme on marche au combat.
Une nuit sans
étoiles, sans brise, et la lune se cache.
Elle marche seule,
dans une vallée hostile où elle est l'étrangère.
Le silence est si
lourd qu'il lui colle à la peau, elle qui voudrait courir, échapper au conflit pour
éviter le pire.
La menace est
épaisse, la guerre va bientôt éclater.
La guerre
n'attendra pas qu'elle se soit éloignée, elle réclame son tribut, veut qu'on lui rende
hommage, dévorer, déchiqueter pour vomir le chaos.
Soudain, les
éclairs et la foudre déchirent l'épais silence, rompant la nuit et l'attente, et la
jetant à terre, tremblante, implorant qu'on lui pardonne ses fautes. Un orage sans pluie
et sans pitié qui semble se concentrer sur le sommet de la colline où elle se tient à
mi-pente.
De l'autre côté
de la vallée, une autre colline d'où proviennent les éclairs.
A son sommet, un
géant, non, un dieu se tient assis,
illuminé par sa propre colère.
Mais voir c'est
être vu. Deux rayons rouges un instant se posent sur son front, et déjà l'éclair
jailli, flèche de feu qui fouille le ciel et la cherche, pour s'abattre non loin d'elle.
Le choc, l'affreux
vacarme, elle est encore en vie.
La vallée est en
feu, il faut qu'elle parvienne au sommet de la colline sur laquelle elle se trouve, seule
issue, dernière tentative.
Elle y parvient
très vite. Un temple y est bâti, creusé dans le granit. Des cohortes de soldats veulent
s'en emparer. Se tenant à l'entrée, d'autres, mois nombreux, tentent de les repousser.
Elle traverse la
bataille, mais elle ne craint plus rien : elle n'est pas armée.
Elle écarte les
bras, elle tient ses mains ouvertes et on la laisse passer.
Elle entre dans le
sanctuaire.
Une présence dans
son dos, présence familière. Elle incline la tête.
On lui couvre les
épaules et le torse d'une armure de métal et dans ses mains désormais fermées se
tiendra une épée.
Elle hurle qu'elle
ne sait pas se battre, qu'elle n'a jamais appris, mais la voix lui répond :
-" Celles qui
ont besoin d'apprendre ne sauront jamais rien."

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