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1950-1960

Dans les années 50, le Préfet de Police de Paris interdit aux homos de se travestir même pour des spectacles, par l'Ordonnance du 1er février 1949. Il est également interdit aux hommes de danser entre eux. Durant toutes ces années, la Police des Moeurs, le groupe de contrôle des homos, recense méthodiquement les homos et les lesbiennes à l'instar des fichiers qui permirent les déportations pendant la guerre.

C'est dans ce climat que sort le 1er journal homo d'après-guerre "Futur", en octobre 1952. Le premier numéro sera vendu en kiosque. Le journal se présente comme un organe de combat et d'information pour la liberté et l'égalité sexuelle, et pour le respect absolu de la personne humaine. Pour "Futur", le principal ennemi est l'hypocrisie religieuse cristallisée par le MRP (Mouvement Républicain Populaire). Dès son 2ème numéro le journal est interdit à l'affichage. Ses revendications se précisent: il souhaite obtenir l'égalité et la liberté sexuelle par la démocratie. "Futur" exige que les articles du Code pénal concernant les moeurs soient abolies.

Pour les puritains de tous poils, une telle cible sera facile à abattre. En novembre 1955, après de nombreuses condamnations, le journal est interdit à la publication. C'est pour beaucoup le temps du silence, le déchirement "la psychanalyse et la neurologie étaient préconisées en cas d'homosexualité". Renfermement, obscurité, étaient le quotidien des homosexuel-les de l'époque.

En janvier 1954 sor la revue "Arcadie", tolérée par les autorités, comptant 1300 abonnés, soutenue par Jean Cocteau et Roger Perfitte, dirigée par le Professeur André Baudry, la revue correspond très fortement à son époque, loin de toutes velléités revendicatrices. Les homos se doivent d'être convenables et discrets. Les "Arcadiens" redoutent plus que tout la provocation. Ils préfèrent se dire homophiles plutôt qu'homosexuels. Baudry parlait une heure tous les vendredis du mois, improvisant sur les sujets d'actualité.

A l'initiative de ce dernier, les Arcadiens se réunirent donc lors de soirées du club d'Arcadie. En ces temps difficiles, de telles réunions d'homos sont surprenantes et courageuses, même si la ligne de conduite d'Arcadie peut paraitre aujourd'hui critiquable. En effet, pour que les homophiles soient tolérés par les politiques et les intellectuels, André Baudry les encourage à intérioriser leur homosexualité en limitant les passages à l'acte. Dans le contexte de l'époque une telle prudence est compréhensible; prudence qui n'empêcha pas les autorités d'interdire la revue à l'affichage, à la publicité et à la vente aux mineurs. L'interdiction sera maintenue 20 ans, jusqu'en 1974.

Le 30 juillet 1960, l'Assemblée Nationale déclare l'homosexualité fléau social au même titre que la tuberculose, l'alcoolisme et la prostitution. "C'est un fléau contre lequel nous avons le devoir de protéger nos enfants" dira le député gaulliste initiateur de l'amendement. La France donne ainsi tout pouvoir au gouvernement Debré pour lutter contre l'homosexualité.

En novembre 1960, la peine pour outrage publique à la pudeur est doublée lorsqu'elle est le fait d'homosexuel-les. C'est l'époque où bon nombre  d'homos pensent mettre un terme à leurs tourments en se mariant. Ce fut le cas de Thérèse "C'était d'abord devenu comme une souffrance et puis une plainte et une culpabilité(...) à l'époque ne n'avais pas de réponse. Et puis un jour est survenu un évènement, je me suis retrouvée loin de ma famille pendant trois semaines cela m'a fait réfléchir et m'a donné du courage. Mai 68 est arrivé quelques semaines plus tard, j'ai divorcé peu après, après 20 ans de mariage et 4 enfants. Ce qui m'a sauvé c'est le mouvement des femmes. C'est là que l'homosexualité pour moi  a commencé car elle avait un sens politique. Tout le monde remettait en question le pouvoir de la famille, le pouvoir de la religion, et peu à peu les femmes ont commencé à se dire que leur histoire était aussi une histoire d'exploitation (...)"

 

 

Dernière mise à jour: samedi, 06. janvier 2001 09:47:13